07/09/2005

...Le lac...

       

A


insi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges

Jeter l’ancre un seul jour ?

 

O lac ! l’année à peine a fini sa carrière,

Et, près des flots chéris qu’elle devait revoir,

Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre

Où tu la vis s’asseoir !

 

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ;

Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ;

Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes

Sur ces pieds adorés.

 

Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;

On n’entendait  au loin, sur l’onde et sous les cieux,

Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence

Tes flots harmonieux.

 

Tout à coup des accents inconnus à la terre

Du rivage charmé frappèrent les échos ;

Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère

Laissa tomber ces mots :

 

« O temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,

Suspendez votre cours !

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours !

 

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent :

Coulez, coulez pour eux ;

Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;

Oubliez les heureux.

 

« Mais je demande en vain quelques moments encore,

Le temps m’échappe et fuit ;

Je dis à cette nuit :  « Sois plus lente » ; et l’aurore

Va dissiper la nuit.

 

« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,

Hâtons-nous, jouissons !

L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;

Il coule, et nous passons ! »

 

 

………..[Lamartine, Méditations, pages 48-49]…

14:12 Écrit par Rynnn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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