19/12/2005

...c'est bien plutôt nous qui ne sommes qu'un train...

« Tandis que nous avançons, c’est toute la vie agricole qui se déroule sous nos yeux.  L’action que nous voyons commence r dans un village s’achève dans deux ou trois villages plus loin.  Ici, c’est un homme qui sort de sa maison avec ses buffles ; au village qui suit, exactement le même homme, exactement les deux mêmes buffles se dirigent vers la rizière ; au troisième village, ils sont déjà au travail.  De même pour les femmes qui descendent laver leur linge dans le canal, pour les enfants allant à la pêche avec leur filet, pour les jeunes gens à bicyclette, le long des digues et dans le village.  Jusqu’à l’horizon ce n’est qu’une plaine unie : rizières, canaux, villages, palmiers ; ensuite, de cet horizon à d’autres horizons, des milliers de villages présentent le même spectacle sur des milliers de kilomètres.  Une humanité qui est comme un tissu ; une vie qui est comme du sable : chose anonyme.  Pourtant si le train s’arrêtait, si nous descendions et si nous pouvions passer ne fût-ce que quelques jours dans le premier village venu, combien d’individualités ne découvririons-nous pas, combien de vicissitudes humaines, que d’intrigues, quelle chronique !  C’est bien plutôt nous qui ne sommes qu’un train, comme il en passe tous les jours, une humanité semblable à un fleuve, des faces telles qu’une eau anonyme pour l’homme à la charrue qui nous regarde. »

 

Fosco Maraini, Tibet secret, page 47. 

20:06 Écrit par Rynnn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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